Développement psychologique

Dyslexie et réflexes archaïques : quelle connexion scientifique ?

Qu’est-ce que la dyslexie ?

La dyslexie est un trouble spécifique et durable de l’apprentissage de la lecture et de l’orthographe. Elle n’est pas liée à un manque d’intelligence ni à un défaut de motivation. Les recherches montrent qu’elle a des bases neurologiques et cognitives précises, notamment un déficit dans le traitement phonologique (la capacité à percevoir et manipuler les sons du langage).

En France comme ailleurs, on estime que 5 % à 10 % des enfants sont concernés (American Psychiatric Association, DSM-5).

Les causes identifiées par la recherche

Les travaux scientifiques ont mis en évidence plusieurs facteurs impliqués dans la dyslexie :

  • Déficit phonologique : difficulté à analyser et manipuler les sons, rendant la correspondance entre lettres et sons complexe (Snowling, 2000).
  • Hypothèse magnocellulaire : anomalies dans le traitement visuel rapide, pouvant perturber la fluidité de lecture (Stein & Walsh, 1997).
  • Théorie cérébelleuse : difficultés dans l’automatisation des gestes moteurs et des apprentissages, le cervelet jouant un rôle clé dans la coordination (Nicolson et al., 2001).
  • Facteurs génétiques : implication de gènes comme DYX1C1, DCDC2 et KIAA0319 dans le développement des circuits neuronaux liés à la lecture (Paracchini et al., 2007).

Et les réflexes primitifs dans tout ça ?

Les réflexes primitifs sont des mouvements automatiques présents dès la naissance, qui devraient s’inhiber au cours de la première année de vie. Parmi eux, on retrouve le réflexe tonique asymétrique du cou (RTAC), le réflexe tonique symétrique du cou (RTSC), le réflexe de Moro, etc.

Certaines recherches suggèrent qu’une persistance de ces réflexes au-delà de l’âge attendu pourrait être associée à des difficultés scolaires, dont la lecture.

  • Étude McPhillips & Jordan-Black (2007) : sur 739 enfants de 7 à 9 ans, ceux présentant un RTAC persistant avaient des scores plus faibles en lecture et écriture.
  • Étude Goddard Blythe (2004) : les enfants du groupe le plus faible en lecture présentaient des niveaux plus élevés de RTAC mais cette persistance était également observée chez des enfants non dyslexiques ayant des difficultés similaires.
  • Étude Grzywniak et al. (2023) : la persistance de plusieurs réflexes (RTAC, RTSC…) était associée à des difficultés dans la lecture de l’heure sur une horloge analogique, ce qui implique des compétences spatiales et temporelles.

Conclusion scientifique : il existe bien une corrélation entre réflexes primitifs persistants et certaines difficultés d’apprentissage, mais aucune preuve solide que ces réflexes soient une cause directe de la dyslexie.

Ce qui fonctionne vraiment selon la science

Les interventions validées pour accompagner un enfant dyslexique incluent :

  1. Approches multisensorielles (ex. méthode Orton-Gillingham) : combiner lecture, écriture, écoute et manipulation pour renforcer les liens entre sons et lettres.
  2. Outils numériques : applications comme DysEggxia qui entraînent l’orthographe via des exercices ciblés.
  3. Aménagements pédagogiques : police adaptée, livres audio, évaluation orale, supports visuels.
  4. Entraînement phonologique structuré : travail spécifique sur les sons et syllabes, indispensable dans toute rééducation.

En résumé

  • La dyslexie est un trouble neurodéveloppemental complexe, multifactoriel.
  • La persistance de réflexes primitifs est parfois observée chez les enfants en difficulté de lecture, mais elle ne constitue pas une cause établie.
  • Les prises en charge les plus efficaces reposent sur des méthodes multisensorielles, le travail phonologique et des adaptations pédagogiques individualisées.

Sources scientifiques

  1. Snowling, M. J. (2000). Dyslexia. Blackwell Publishing.
  2. Stein, J., & Walsh, V. (1997). To see but not to read: the magnocellular theory of dyslexia. Trends in Neurosciences, 20(4), 147-152.
  3. Nicolson, R. I., Fawcett, A. J., & Dean, P. (2001). Developmental dyslexia: The cerebellar deficit hypothesis. Trends in Neurosciences, 24(9), 508-511.
  4. Paracchini, S., et al. (2007). The genetic lexicon of dyslexia. Annual Review of Genomics and Human Genetics, 8, 57-79.
  5. McPhillips, M., & Jordan-Black, J. A. (2007). Primary reflex persistence in children with reading difficulties (dyslexia): A cross-sectional study. Neuropsychologia, 45(4), 748-754.
  6. Goddard Blythe, S. (2004). Persisting primary reflexes in children and their effects on reading, writing and mathematics. Child Care in Practice, 10(2), 93-106.
  7. Grzywniak, C., et al. (2023). The Persistence of Primitive Reflexes and Difficulties in Telling Time. International Journal of Environmental Research and Public Health, 20(3), 2322.

Mini ebook: "Il bouge tout le temps, il se déconcentre, il s’énerve vite…Comprendre le lien entre comportement et réflexes archaïques"

Vous pourriez également aimer...